Les Rased sont indispensables pour la bien-traitance de tous, élèves et enseignants Décembre 2015

Communiqué du Bureau National de la FNAME
Interview de Thérèse AUZOU CAILLEMET, Présidente de la FNAME par ToutEduc, Le site d’information des professionnels de l’éducation

Les RASED sont indispensables pour la bien-traitance de tous, élèves et enseignants (T. Auzou-Caillemet)

Paru dans Scolaire, Périscolaire le vendredi 11 décembre 2015.

« Au rythme actuel, il faudra une trentaine d’années avant que les RASED (Réseaux d’aide spécialisée aux élèves en difficulté) ne retrouvent leur niveau de 2007. L’hémorragie a été stoppée, mais nous sommes encore très loin de pouvoir crier victoire. » Thérèse Auzou-Caillemet, présidente de la FNAME, qui regroupe les « maîtres E » et qui organisait, samedi 5 décembre, avec la FNAREN (les maîtres G) et l’AFPEN (les psychologues scolaires) le 6ème forum annuel des RASED, ne cache pas une certaine réserve teintée d’amertume.

ToutEduc : N’est-il pas assez normal qu’il faille beaucoup de temps pour relancer le recrutement d’enseignants spécialisés ? Il a d’abord fallu relancer les concours pour les jeunes enseignants et les former avant de pouvoir remplacer ceux qui demandent à partir en formation pour devenir « maître E » ou « maître G » (aide à dominante pédagogique et rééducation psycho-motrice)…

Thérèse Auzou-Caillemet : Incontestablement, le discours a changé, nous sommes mieux considérés, nos aides sont reconnues, et la volonté de reconstituer les réseaux existe au niveau ministériel. Mais existe-t-elle au niveau du terrain, dans les rectorats ? Nous en doutons et nous demandons un cadrage national pour que soient réservés, parmi ceux qui sont attribuées à chaque académie, des postes aux RASED. Avec le Collectif national, nous avons d’ailleurs adressé un courrier aux recteurs en ce sens car il est urgent aujourd’hui de redonner aux RASED les moyens de fonctionner pleinement pour assurer leur double mission d’aide directe aux élèves en difficulté et de ressource auprès des enseignant. La dépense n’est pas considérable pour former des enseignants spécialisés en alternance sur le terrain. Actuellement, une centaine de professeur(e)s des écoles sont en formation de maître E, c’est bien en-dessous des besoins. Nous savons aussi que pour les maîtres G, les départs en formation sont en nombre inférieur aux départs en retraite prévus.

De plus, nous attendons une circulaire sur la rénovation de la formation du métier d’enseignant spécialisé (toutes options). Celle-ci atteignait parfois près de 1000 heures pour le CAPSAIS (ancien diplôme), elle est passée de 400 à 500h (selon les centres de formation) pour le CAPA-SH (créé en 2004) et pourrait être encore diminuée à 300H. Cela nous inquiète véritablement.

ToutEduc : Vos collègues psychologues auront bientôt un nouveau statut (voir ToutEduc ici)…

Thérèse Auzou-Caillemet : Oui, ils ont ce qu’ils souhaitaient de ce point de vue, mais ils le disent eux-mêmes, ils ne sont pas assez sur le terrain. Ils sont accaparés par les tests, les équipes de suivi de scolarité (pour les élèves reconnus en situation de handicap), la préparation des dossiers pour la MDPH (maison départementale des personnes handicapées). Or nous avons besoin d’eux. Nous-mêmes, il nous faut nous poser, parler de ce que nous vivons, bénéficier de leur regard sur la situation d’un élève… C’est cela le RASED : trois types de personnels avec des regards différents pour comprendre, avec le maître de la classe, la problématique spécifique et singulière d’un enfant et le moyen de l’aider au plus près de ses besoins. Nous voyons des écoles qui explosent, où plus rien ne va, où se multiplient les problèmes de violence. La présence des RASED est indispensable pour la bien-traitance de tous, élèves et enseignants, qui ont besoin de parler de ce qu’ils vivent, de se sentir soutenus et accompagnés. Et quand on voit ce qu’on peut apporter au quotidien, aux enfants comme aux collègues, ça motive.

ToutEduc : Est-ce que, face à cette situation que vous décrivez, les Rased ne doivent pas évoluer ?

Thérèse Auzou-Caillemet : Mais ils évoluent ! C’est incroyable combien nos métiers ont changé, pour accompagner cette école qui se transforme chaque jour. Nous avons aussi pour fonction de veiller à l’articulation avec tous les autres adultes qui agissent pour l’enfant, en premier lieu, les parents, les enseignants, les conseillers pédagogiques, mais aussi hors de l’école, les orthophonistes, les associations périscolaires… Les RASED sont la condition pour permettre à l’école de devenir réellement inclusive.

ToutEduc : Chaque année, l’une de vos trois associations organise ce forum. C’était votre tour cette année. Quelle est sa fonction ?

Thérèse Auzou-Caillemet : Il n’a pas de fonction revendicative, même si nous y exprimons nos inquiétudes. C’est l’occasion de nous retrouver pour réfléchir ensemble à une problématique de l’école et chercher des solutions, des pistes de travail, éclairés par le regard spécifique de chercheurs ou spécialistes invités. Cette année par exemple, notre invité Alain Noble ancien psychologue scolaire et psychanalyste nous a parlé de ce qui se jouait dans la séparation engendrée par l’école et de la place à faire à la famille pour accompagner l’élève dans la résolution de ses difficultés d’apprentissage. Quand la FNAME organise son colloque annuel, nous sommes plus de 700 à nous réunir et vivre trois jours, à nos frais, cette part de notre formation continue. Ce forum y contribue également avec cette collaboration précieuse des trois fédérations professionnelles des personnels de RASED.

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