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Que signifie aider un enfant en difficulté ?
Dominique Guichard
IUFM Quimper
29 mai 2002
Idée de la difficulté :
On assiste à une médicalisation des problèmes des élèves. De ce fait les structures médicales sont de plus en plus impliquées. Les termes employés par les enseignants se sont superposés avec des termes médicaux : glissement sémantique : l’élève qui bouge, devient un élève instable puis un élève hyperactif.
Cela induit une confusion entre soin et aide. Les demandes d’aide apparaissent souvent sur le modèle du soin. L’environnement familial est souvent désigné comme étant la source du problème ; l’école est alors dédouanée. Dans leur demande, les enseignants noient la cause et la difficulté ; la cause étant parfois le seul élément apporté.
Les enseignants n’imaginent pas qu’il puisse y avoir un problème de relation pédagogique.
Qu’est-ce qu’une difficulté ?
C’est un obstacle que l’on doit dépasser. Il n’y a pas d’apprentissage, pas de vie sociale sans difficulté. La difficulté est banale, normale, naturelle, elle peut être dépassée par une intervention pédagogique, éducative, adaptée. Les RASED ont pour mission d’aider des élèves qui ne parviennent pas à dépasser leurs difficultés ; elles ont " mal tourné ". Le texte sur les RASED peut paraître ambigu puisqu’il parle d’élèves en difficulté :
Quelle frontière entre difficulté et problème réel : c’est un processus.
La difficulté banale a été " sélectionnée ", focalisée par une personne proche qui pense qu’elle est anormale parce qu’elle " raisonne " en elle (la difficulté renvoie au vécu de la personne). Cette difficulté va alors se répéter, s’amplifier, se cristalliser, se pathologiser. Tous les symptômes peuvent être lus avec cette même lecture. Certains enseignants ont une histoire personnelle qui peut influer sur la stigmatisation des difficultés. Il y a cristallisation lorsque l’enfant est identifié à cette difficulté, pathologisation lorsqu’il souffre : il ne supporte plus d’être assimilé à cette difficulté. La difficulté est donc le résultat d’un processus alors que dans le discours des maîtres, elle en est l’origine.
Bien souvent le problème est un état (il est lent, il est passif…), or ces problèmes sont les résultats d’interaction et de relations. Tout problème a une dimension relationnelle. Toute intervention du RASED se fait sur un mode relationnel.
Qu’est-ce qu’une aide à l’école ?
La relation qu’on instaure entre l’élève et nous (membre de RASED) doit lui permettre d’être au plus proche de ce qu’il est réellement. Si l’enfant est différent de ce qu’a pu en dire le maître, il peut être aidé par le RASED. S’il est semblable, c’est une aide extérieure.
Lorsque notre attitude permet à l’élève de changer, on peut penser que l’école a une part dans le processus de la difficulté. Plus la part de l’école est importante, plus notre intervention se légitimise. Tout enfant qui entre à l’école a le désir d’apprendre et une certaine estime de soi. Ce désir d’apprendre peut disparaître très rapidement. Des évènements créent un " divorce " entre l’école et l’enfant. La mission du membre du RASED est alors de réconcilier l’enfant avec l’école. L’aidant crée un espace transitionnel, physique, temporel qui va permettre à l’enfant de reconstruire une relation positive à l’école. Il porte un projet pour l’enfant là où il n’est plus porté (le maître n’a plus de projet pour cet élève, il ne sait plus comment le faire évoluer). L’aide est réussie lorsque le maître reprend le projet pour cet enfant. Ce travail d’espace transitionnel est-il bien compris ? L’aidant occupe cet espace transitionnel dans une relation pédagogique symbolique. Or le sens donné aux aides est souvent technique.
Comment rencontrer l’enfant en difficulté et ses parents ?
Pendant des années, l’objectif de cet entretien avec les parents était de comprendre pourquoi l’élève était en difficulté tel que cela était pratiqué dans le milieu médical (anamnèse).
Il s’agit pourtant davantage d’aider les parents à comprendre pourquoi leur enfant est en difficulté à l’école, à comprendre le processus de cristallisation de la difficulté et le processus de sortie de ce processus. Nous élaborons une hypothèse que nous nous efforcerons de présenter aux parents comme étant la bonne. On se heurte au fait que les parents ont leur propre hypothèse. On assiste alors à une escalade symétrique : chacun voulant convaincre l’autre qu’il a raison. Le désaccord famille, école est plus intéressant que l’accord. C’est dans cette différence de point de vue que va pouvoir s’inscrire notre relation alors que le consensus va, lui, gommer les aspérités et les refouler.
Quand l’enseignant rencontre les parents, il doit se mettre dans une position d’humilité qui permet de désamorcer les conflits. Il expose les problèmes aux parents et leur signifie qu’il n’y arrive pas, qu’il a épuisé toutes ses ressources, et a besoin de l’appui et de l’aide du RASED. Il leur propose alors de prendre contact avec un membre du RASED. Ce petit chemin que les parents ont à faire vers le RASED est important. Si cela ne se fait pas, il y a lieu de le travailler : on ne peut disqualifier les parents. On ne peut travailler avec un enfant si on ne considère pas que sa famille est compétente. Il n’y a pas de familles résistantes qui ne viennent pas à l’école ; il y a des familles échaudées ! Il est nécessaire de les rassurer.
Quand les parents rencontrent un des membres du RASED, il est important que celui-ci n’ait pas d’avis. Il va recevoir sans rien savoir, rien comprendre, ne rien vouloir savoir, ne rien vouloir comprendre. Cela va permettre aux parents d’expliquer la situation de leur propre point de vue ; l’information pertinente est celle qui vient de la famille et qui y retourne. Tout ce qui va être amené par les parents est de la compréhension pour eux-mêmes et l’enfant.
Deux obstacles peuvent nuire à cet objectif :
La loyauté envers les collègues ; peur de trahir un collègue issu du même corps
La position cartésienne : penser qu’il y a une vérité et un mensonge.
La compréhension va faire émerger l’idée de l’aide. L’entretien parents permet une co-construction de l’idée de l’aide. Si l’aide est inefficace c’est que sa mise en place a été faussée.
" Un symptôme est un compromis maladroit entre une trahison impossible et une loyauté invivable" (Malarevicz)
Tout problème a une bonne raison d’être ce qui n’est pas toujours perçu à l’école. On donne tort au symptôme. Le RASED, lui, doit lui donner raison. (Un élève est lent parce qu’il a un " harceleur "). Il est aussi nécessaire d’aider le maître à comprendre. Il faut parfois pour cela user de stratagèmes : traduire en mots ce que dit le maître ; recodifier ; recadrer…
Une relation triangulaire est crée :
Système envoyeur (le maître)
Système intervenant (le RASED)
Système client(l’élève)
Le triangle doit être équilatéral. Quand deux systèmes se rapprochent, le troisième s’éloigne. Même si cela paraît évident le RASED ne peut partager le point de vue du maître.
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